Le journal de Boddah
« Minuit, le temps a peu avancé, le clocher vient de sonner. J'ai faim de somnifères en cette nuit où il n'y a rien à faire. J'ai vraiment envie de pleurer, mais ma psyché est desséchée. Je suis vidé. Condamné à mourir, j'erre sur un sentier de bitume, le corps glacé, vibrant comme une corde. Le mal-être ancré en moi, j'ai la rage à la plume. Je suis assis au milieu d'un chemin et j'attends que quelqu'un vienne prendre ma main. Éclairé par un lampadaire, démuni de lumière, j'aimerais faire quelques pas, combattre le froid, mais je ne peux pas, je ne suis déjà plus là. De temps en temps, je regarde au bout de la route, au fond de la rue, mais il n'y a rien. J'attendrai. J'attendrai et peut-être que j'en crèverai. J'espèrerai, je prierai, jusqu'à vraiment y croire. Je partirai seulement quand j'aurais consummer tous mes espoirs. Je quitterai l'herbe glacée dans laquelle je suis posé quand le jour sera levé. Mais je reviendrai à la nuit tombée. Ma vie se construit sur des utopies, voilà pourquoi elle se détruit. Il y a de gros nuages gris dans ma tête, un peu de fumée polluée sort d'un pot d'échappement, l'être que j'attend est là, face à moi, mais il ne me voit pas. Je l'interpelle, je hurle, il ne réagit pas, je ne suis plus qu'un brin de neutralité dans le champ de ses mauvaises herbes. Aujourd'hui, j'ai appris que le fait d'exprimer ses pensées est toujours payé d'une mauvaise monnaie avant d'être remboursé par de terribles regrets. [...] Ses mouvements ne sont plus qu'un arrière plan, son discours, un bruit sourd. Tuée, la victime allongée. Défoncée, elle commence à délirer. Rongée d'un mal-être permanent, pour combien de temps ? »